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Le 6 juin 1944 à Sainte Croix sur Mer

 
            Sainte Croix était occupé par quelques dizaines de soldats allemands du 2° bataillon du 726ème régiment de grenadiers, troupe composée en majorité de Russes et Polonais enrôlés dans l'armée allemande avec un encadrement d'officiers allemands.Ils logeaient dans des fermes et dans un baraquement construit dans l'herbage de la ferme Bardelle (aujourd'hui propriétés Monteiro, Lecheminant et Renou).
Leur poste de commandement était dans l'ancien presbytère et ils utilisaient une salle de loisirs au premier étage de l'habitation Quesnel (aujourd'hui Oillic) sur les murs de laquelle l'un d'entre eux avait peint 16 écussons de métiers civils.
              Leurs défenses comprenaient 2 postes de mitrailleuses face au nord et au nord-ouest dans les haies qui encerclaient le village: un route de Graye, dans la propriété actuelle de Thierry Coiffier avec un frêne aménagé en poste d'observation, et un autre près de la Mare au Roy.
Ils avaient creusé dans le talus de la route de Banville, 2 abris pour leurs voitures. Ils dépendaient d'un poste de commandement à Colombiers où se trouvaient quelques pièces d'artillerie.

               Dans la nuit du 5 au 6 juin le village fut épargné par les bombardements aérien puis naval qui étaient concentrés sur la zone littorale.La plage de Graye constituait le sous-secteur Mike Red du secteur de débarquement Juno Beach confié à l'armée canadienne.
               A 7h49 la Royal Winnipeg Rifles commença à débarquer avant d'être suivi plus tard par le Royal Canadian Scottish Régiment.  Après une difficile traversée de prairies marécageuses en arrière des dunes, ils nettoyèrent le village. Puis ils s'avancèrent vers le sud, la compagnie B sur la route de Banville et la compagnie A sur celle de Sainte Croix, accompagnés de quelques chars.
Les faits relatifs à ces combats sont parfois rapportés très différemment.
Deux exemples:
    - " Le major Lehmann avec le 2ème bataillon du 726ème R.G. défendit avec opiniâtreté la hauteur de Sainte Croix. Une attaque de chars canadienne submergea son P.C. Lui-même fut tué. Son adjudant major, avec une poignée d'hommes, défendit le bunker jusqu'à la nuit.
Puis ils se frayèrent un chemin à travers les rangs de l'ennemi à la faveur de l'obscurité." (P. Carell - Sie Kommen - 1960)
      - "Localité à demi-détruite lors du débarquement". Citation pour l'attribution de la croix de guerre à la commune de Sainte Croix sur Mer (22 octobre 1950).

             La compagnie A fut arrêtée à l'entrée du village où elle subit quelques pertes et elle eut besoin de l'appui des chars qui détruisirent le poste d'observation (où un soldat tué resta suspendu jusqu'au lendemain). Devant leur avance, le major Lehmann commanda à ses troupes d'incendier le village pour arrêter les canadiens, mais ses hommes refusèrent et le tuèrent près de la maison Foucher. En fin de matinée Sainte Croix était libéré. Les soldats allemands se débandèrent et se cachèrent dans des clos au milieu de la plaine d'où ils s'enfuirent sans uniformes ou furent faits prisonniers le lendemain. Les canadiens poursuivirent leur progression et atteignirent Pierrepont à la tombée du jour.
              Au cours de ces brefs combats, 4 à 5 Canadiens avaient été tuées et une dizaine d'Allemands.
Le village ne comptait aucune victime civile et des dégâts très limités: les communs du presbytère et une partie de la ferme de la  Croix (Eudine à l'époque), incendiés, quelques dommages causés par l'artillerie de Colombiers au toit de l'église, à la maison Quesnel et à une maison de la rue du Bout Caïn, le portail du presbytère renversé par un char canadien maladroit.
Le 8 juin, le Général Montgomery passa quelques heures dans le presbytère avant de fixer son quartier général au château de Creullet.
 

Aérodrome B3

             L'état major allié avait prévu l'installation de terrains d'aviation au fur et à mesure de l'avance de ses troupes après le débarquement, dont le premier serait ouvert à Sainte Croix. Les équipes du génie et leur matériel devaient prendre pied à Ver.
            Mais le 6 juin au soir, le Servicing Commando R.A.F.du major Mitchell n'avait pas encore pu débarquer. C'est seulement le 7 juin à 14 heures que Mitchell reconnut l'emplacement à 2.5 km de la plage de Ver, alors que la sécurité n'était pas complètement assurée. Néanmoins les premiers matériels arrivèrent vers 20 heures et le 8 juin, dès 5 heures le commando se mettait à l'œuvre. A 11 heures des scrapers les rejoignent; ils utilisent un tracteur Fordson et une faucheuse à cheval d'agriculteurs de Sainte Croix.
            Devant les difficultés causées par la sécheresse du sol, ils reçoivent des arroseuses municipales des villes de Brighton et Eastbourne qui leur permettent de tasser la piste de 1200 mètres allongée depuis le parc de Vaux, dont une haie fût abattue, jusqu'au sud de la route de Sainte Croix à Ver. Les travaux entrepris le 9 juin (2 pistes de dégagement, aires de dispersion, batterie antiaérienne) furent terminés le 10 juin à midi.
             L'après midi même un premier avion se posait pour se ravitailler en essence et munitions. Etait-ce un Typhoon endommagé ou un Spitfire au pilote à l'accent écossais ?
On en discute....Il restait encore à compléter l'installation (revêtement de grillage et toile sur les pistes, postes de contrôle, cantonnements, etc...) pendant près d'une semaine, mais 3 jours après, 200 avions avaient déjà utilisé B3 qui passait d'une piste d'atterrissage d'urgence (ELS=Emergency Landing Strip) à un terrain d'atterrissage avancé (ALG =Advancing Landing ground).

            Du 15 juin au 14 juillet, B3 fut attribué au 144 Wing RCAF de l'aviation canadienne, avec les 3 escadrilles 441, 442 et 443 de Sptifire, commandé par Johnny Johnson et les chefs d'escadrille Larry Robillard et Brown.
Ensuite, du 15 juillet au 9 septembre, ils furent remplacés par les Typhoon anglais du 146° Wing RAF avec les 5 escadrilles 176, 193, 247, 259 et 266 commandées par le capitaine Denys Gillam.
Le 23 juin 1944 le premier ministre britannique Winston Churchill y atterrit.

             En juin 1984 quelques aviateurs venus à Sainte Croix furent déçus de ne retrouver aucune trace de l'aérodrome qu'ils avaient utilisé. Quelques mois plus tard, Johnny Johnson publia un livre de souvenirs, "la vie d'un aviateur" et pour lui rendre hommage, le 8 mai 1985 la télévision britannique présenta un documentaire sur l'aérodrome B3 dans lequel apparaissaient des habitants de sainte Croix, des familles Fouques, Turgis, Valette, Leménager et Julien Costy. Ainsi resurgissaient les souvenirs du débarquement et la libération du village.

            Dans ce même mouvement, la municipalité décida l'érection d'une stèle commémorative. Lors des contacts pris avec Johnny Johnson, celui-ci souhaita un monument très simple, et il choisit une "devise", grosse pierre calcaire marquant les limites des parcelles qui avait été déterrées lors du remembrement.
Jules Turgis offrit le terrain nécessaire à l'emplacement où la piste croisait la route de Sainte Croix à Ver, et Raymond Fouques un morceau de grillage qui rappelait l'aspect de la piste.
L'inauguration eut lieu le 10 juin 1990 à 11 heures, en présence des anciens chefs d'escadrille canadiens.

   
           
        le 6 Juin 2015 à la stèle de B3 , route de Crépon
         avec les vétérans du D.DAY
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